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Les gares du pays

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L'inavoué désir de gloire
Évanoui sous trop d'espoir
Me mène de revanche en revanche
Au fil du vent
Au fil du temps
Vers toutes les gares du pays
Que desservent les gares de Paris.

L'inavoué désir de paix
Évanoui sous trop d'aspect
Me mène de méfiance en méfiance
Au fil du vent
Au fil du temps
Vers toutes les gares du pays
Que desservent les gares de Paris.

L'inavoué désir d'écoute
Évanoui sous trop de doute
Me mène de silence en silence
Au fil du vent
Au fil du temps
Vers toutes les gares du pays
Que desservent les gares de Paris

L'inavoué désir d'amour
Évanoui sous mes discours
Me mène de patience en patience
Au fil du vent
Au fil du temps
Vers toutes les gares du pays
Que desservent les gares de Paris
L. pieds
La question sans bonheur

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Le bonheur est sans pourquoi
Le pourquoi est sans prudence
La prudence est sans effroi
L’effroi est sans évidence

L’évidence est sans crédit
Le crédit sans intérêt
L’intérêt est sans mépris
Le mépris est sans respect

Le respect est sans fortune
La fortune est sans mémoire
La mémoire est sans rancune
La rancune est sans...

L'espoir d’apercevoir le mode d’emploi
Y trouveras-tu, y liras-tu, y verras-tu
L’espoir d’apercevoir le mode d’emploi
Y trouveras-tu, y liras-tu, comprendras-tu, entendras-tu

La réponse est sans audience
L’audience est sans attention
La tension est sans confiance
La confiance est sans caution

La caution est sans recette
La recette est sans profit
Le profit est sans prophète
Le prophète est sans conflit

Le conflit sans religion
La religion sans rêveur
Le rêveur est sans question
La question est sans...

Bonheur d’apercevoir le mode d’emploi
Y trouveras-tu, y liras-tu, y verras-tu
Le bonheur d’apercevoir le mode d’emploi
Y trouveras-tu, y liras-tu, comprendras-tu, entendras-tu
L. pieds
Libation d'eau

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L'Afrique est belle sous la pluie
Le port nous accueille, fatigué
La lune absente ne reluit
Que pour le lointain navigué

Le ciel chagrin nous réclame
Une attention de bonne fortune
Et notre terme s'enflamme
En diversion mais sans rancune

Refrain :
Pour quelques gouttes de pluie
Qui glissent ou s'enfuient
Et s'offrent à Neptune
Que l'imprévu séduit

Quelques gouttes de pluie
Qui volent ou s'alarment
S'offrent à Neptune
Que l'amertume charme

Nos voiles se font parapluies
Mais dans ces largesses prodiguées
Le vent crachine la pluie
Sur nos blancs visages irrigués

Ma descendance s'exclame
Et se rassemble en demi-lune
L'air satisfait elle proclame
Qu'elle estime la douche opportune

[refrain]

Le gros temps passe à tribord
Et renonce à nous chavirer
Retour concret au dehors
Puisqu'ici s'achève la virée

Le 31 les enfants
Changent de parent dans la grand-rue
Et se diluent mes yeux torrents
Grâce à la présence incongrue

[refrain]

L'Afrique se tait dans la nuit
Et laisse les marins divaguer
Le navire nous reconduit
Mais j'aspire à le voir fuguer

En sens inverse à la rame
Pour garder trois filles et un fils
L'orage couvrirait l'alarme
Du calendrier son complice

[refrain]
L. pieds
L'étage des jouets

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Les enfants vont et viennent à l'étage des jouets
Les parents les surveillent, mais les laissent s'évader
Il faut bien leur faire croire un peu
Qu'ils vivent sur une planète toute bleue
Qu'ils ont le droit de ne pas grandir
Et qu'à jamais leurs yeux vont rire
Il faut bien leur faire croire un peu
Que la vie sera toujours un jeu

Les enfants vont et viennent à l'étage des jouets
Les filles sont "princesses", ou habillent leur poupée
Quand elles jouent elles oublient un peu
Qu'elles ont compris le jeu dangereux
Que les parents ont amorcé
Celui où l'on veut plus parler
Quand elles jouent elles oublient un peu
Que la planète n'est pas toute bleue

Les enfants vont et viennent à l'étage des jouets
Les garçons hésitent entre "indiens" et "chevaliers"
Quand ils jouent ils oublient un peu
Que les parents ne vont plus par deux,
Que le père n'est plus souvent là
Et que c'est peut-être mieux comme ça
Quand ils jouent ils oublient un peu
Que la vie ne sera pas qu'un jeu

Les enfants vont et viennent à l'étage des jouets
Les parents les rappellent : Noël peut commencer...
L. pieds
Les lendemains difficiles

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Je peux boire beaucoup et rester sobre en apparence
Parfois je m'amuse à faire vaciller ma conscience
Je m'étonne de pouvoir continuer à parler
Calme et décontracté en vous servant le café
Libre, mon esprit s'évade vers de nouvelles contrées
Alors que mon discours débat sur Brassens et Trénet
Bien sûr je ne m'enlise pas et je joue la prudence
J'argumente en musique et je propose une danse

Le matin
M'est hostile
Je suis malandrin
Versatile
Mon destin
Se profile
En lendemains
Difficiles

Je peux rester devant un écran jusqu'au matin
"Oui, dans cinq minutes mon cœur, j'en suis presque à la fin"
Mes yeux gorgés de sang se laissent traîner par la nuit
Poursuivant la solution d'un problème qui s'enfuit
Oui je sais demain j'aurai l'humeur d'un taliban
Je ne supporterai pas même les rires de mes enfants
Et je ne m'enliserai pas, j'ordonnerai le silence
Aspirant subito à la suprême toute-puissance

Le matin
M'est hostile
Je suis malandrin
Versatile
Mon destin
Lui défile
En lendemains
Difficiles
L. pieds
Les voleurs

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La pluie s'egoutte depuis la gare
Les passants foulent, mouillés
Leurs yeux croisent parfois mon regard
Pour un clin d'oeil signé

La rue met ses acteurs en scène
Sur les trottoirs
Les voleurs se promènent
De Saint Lazare à Saint Lazare

Ici la danse des parapluies
S'engouffre vers les marches
Nous suivont la choregraphie
Pour jouer à cache-cache

La rue met ses acteurs en scène
Sur les trottoirs
Les voleurs se promènent
De Saint Lazare à Saint Lazare

En cours du Havre l'équipe est prête
La deuxième vague descend
Touristes et autres âmes distraites
Sont nos meilleurs clients

La rue met ses acteurs en scène
Sur les trottoirs
Les voleurs se promènent
De Saint Lazare à Saint Lazare

Je pars à l'assaut et très vite
Mon binôme suit ma cible
Je fais le guide et lui visite
Les poches accessibles

La rue met ses acteurs en scène
Sur les trottoirs
Les voleurs se promènent
De Saint Lazare à Saint Lazare

Je bouscule avec maladresse
Une petite dame naïve
Je m'excuse et vite, je la laisse
La troisième vague arrive

La rue met ses acteurs en scène
Sur les trottoirs
Les voleurs se promènent
A Saint Lazare
L. pieds
La valse à mille temps

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Au premier temps de la valse
Toute seule tu souris déjà
Au premier temps de la valse
Je suis seul mais je t'aperçois
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Me murmure murmure tout bas

{refrain:}
Une valse à trois temps
Qui s'offre encore le temps
Qui s'offre encore le temps
De s'offrir des détours
Du côté de l' amour
Comme c'est charmant
Une valse à quatre temps
C'est beaucoup moins dansant
C'est beaucoup moins dansant
Mais tout aussi charmant
Qu'une valse à trois temps
Une valse à quatre temps
Une valse à vingt ans
C'est beaucoup plus troublant
C'est beaucoup plus troublant
Mais beaucoup plus charmant
Qu'une valse à trois temps
Une valse à vingt ans
Une valse à cent temps
Une valse à cent ans
Une valse ça s'entend
A chaque carrefour
Dans Paris que l'amour
Rafraîchit au printemps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse a mis le temps
De patienter vingt ans
Pour que tu aies vingt ans
Et pour que j'aie vingt ans
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Une valse à mille temps
Offre seule aux amants
Trois cent trente-trois fois le temps
De bâtir un roman

Au deuxième temps de la valse
On est deux tu es dans mes bras
Au deuxième temps de la valse
Nous comptons tous les deux une deux trois
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Nous fredonne fredonne déjà

{refrain}

Au troisième temps de la valse
Nous valsons enfin tous les trois
Au troisième temps de la valse
Il y a toi y a l'amour et y a moi
Et Paris qui bat la mesure
Paris qui mesure notre émoi
Et Paris qui bat la mesure
Laisse enfin éclater sa joie.
J. Brel
Chanson pour l'Auvergnat
Elle est à toi cette chanson
Toi l'Auvergnat qui sans façon
M'as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
Toi qui m'as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
M'avaient fermé la porte au nez
Ce n'était rien qu'un feu de bois
Mais il m'avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manièr' d'un feu de joie

Toi l'Auvergnat quand tu mourras
Quand le croqu'mort t'emportera
Qu'il te conduise à travers ciel
Au père éternel

Elle est à toi cette chanson
Toi l'hôtesse qui sans façon
M'as donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim
Toi qui m'ouvris ta huche quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
S'amusaient à me voir jeûner
Ce n'était rien qu'un peu de pain
Mais il m'avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manièr' d'un grand festin

Toi l'hôtesse quand tu mourras
Quand le croqu'mort t'emportera
Qu'il te conduise à travers ciel
Au père éternel

Elle est à toi cette chanson
Toi l'étranger qui sans façon
D'un air malheureux m'as souri
Lorsque les gendarmes m'ont pris
Toi qui n'as pas applaudi quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
Riaient de me voir emmener
Ce n'était rien qu'un peu de miel
Mais il m'avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
A la manièr' d'un grand soleil

Toi l'étranger quand tu mourras
Quand le croqu'mort t'emportera
Qu'il te conduise à travers ciel
Au père éternel
G. Brassens
Le soleil et la lune
Sur le toit de l'hôtel où je vis avec toi
Quand j'attends ta venue mon amie
Que la nuit fait chanter plus fort et mieux que moi
Tous les chats tous les chat tous les chats
Que dit-on sur les toits que répètent les voix
De ces chats de ces chats qui s'ennuient
Des chansons que je sais que je traduis pour toi
Les voici les voici les voilà...

{Refrain:}
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Papa dit qu'il a vu ça lui...

Des savants avertis par la pluie et le vent
Annonçaient un jour la fin du monde
Les journaux commentaient en termes émouvants
Les avis les aveux des savants
Bien des gens affolés demandaient aux agents
Si le monde était pris dans la ronde
C'est alors que docteurs savants et professeurs
Entonnèrent subito tous en chœur

{Refrain}

Philosophes écoutez cette phrase est pour vous
Le bonheur est un astre volage
Qui s'enfuit à l'appel de bien des rendez-vous
Il s'efface il se meurt devant nous
Quand on croit qu'il est loin il est là tout près de vous
Il voyage il voyage il voyage
Puis il part il revient il s'en va n'importe où
Cherchez-le il est un peu partout...
C. Trenet
L'ombre d'une âme
À la recherche de mon âme
J'interrogeais toutes les flammes
Sans me douter qu'un chevalier
Incandescent se limite à son foyer

À la rencontre d'un bouquet
J'aurais céder tous mes acquêts
Pour guider ma vie insipide
Loin de nos sombres royaumes liberticides

Où la plupart des perdus s'y retrouvent
Tous entourés d'infranchissables douves
L'explorateur ne pourra qu'y périr
Bien avant que de s'y voir vieillir
De m'y voir vieillir

Pas d'évasion donc sans raison
Sans savoir vivre sa trahison
Pas de départ sans une mort
Aux couleurs vives de son cousin le remord

Espoir dilué dans le canal
Au fil des jours et du mistral
Décoloré en fuite honteuse
Le projet d'envol ressemble à une menteuse

Mais profitant du manque de discernement
Requis pour un tel radical changement
Et Aveuglé par mille feux artifices
J'ai trouvé mon âme à l'ombre du précipice
Pour m'y voir vieillir
L. pieds
Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d'Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes
Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroisser la lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le cœur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D'un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s'entendre rire
Jusqu'à ce que tout à coup
L'accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu'en pleine lumière

Dans le port d'Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d'Amsterdam
De Hambourg ou d'ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles
Dans le port d'Amsterdam
Dans le port d'Amsterdam.
J. Brel
La mauvaise réputation
Au village, sans prétention,
J'ai mauvaise réputation.
Que je me démène ou que je reste coi
Je passe pour un je-ne-sais-quoi!
Je ne fait pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme.
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.

Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n'écoutant pas le clairon qui sonne.
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde me montre du doigt
Sauf les manchots, ça va de soi.

Quand je croise un voleur malchanceux,
Poursuivi par un cul-terreux;
Je lance la patte et pourquoi le taire,
Le cul-terreux se retrouve par terre
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En laissant courir les voleurs de pommes.
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde se rue sur moi,
Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi.

Pas besoin d'être Jérémie,
Pour deviner le sort qui m'est promis,
S'ils trouvent une corde à leur goût,
Ils me la passeront au cou,
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome,
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde viendra me voir pendu,
Sauf les aveugles, bien entendu.
G. Brassens
Pauvre Martin

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Avec une bêche à l'épaule,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à la lèvre, un doux chant,
Avec, à l'âme, un grand courage,
Il s'en allait trimer aux champs!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps!

Pour gagner le pain de sa vie,
De l'aurore jusqu'au couchant,
De l'aurore jusqu'au couchant,
Il s'en allait bêcher la terre
En tous les lieux, par tous les temps!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps!

Sans laisser voir, sur son visage,
Ni l'air jaloux ni l'air méchant,
Ni l'air jaloux ni l'air méchant,
Il retournait le champ des autres,
Toujours bêchant, toujours bêchant!

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps!

Et quand la mort lui a fait signe
De labourer son dernier champ,
De labourer son dernier champ,
Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant...

Pauvre Martin, pauvre misère,
Creuse la terre, creuse le temps!

Il creusa lui-même sa tombe
En faisant vite, en se cachant,
En faisant vite, en se cachant,
Et s'y étendit sans rien dire
Pour ne pas déranger les gens...

Pauvre Martin, pauvre misère,
Dors sous la terre, dors sous le temps!
G. Brassens
Les sabots d'Hélène
Les sabots d'Hélène étaient tout crottés
Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps la fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De les déchausser
Les sabots d'Hélène moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée.
Dans les sabots de la pauvre Hélène
Dans ses sabots crottés
Moi j'ai trouve les pieds d'une reine
Et je les ai gardés.

Son jupon de laine
Était tout mité
Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps la fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De le retrousser
Le jupon d'Hélène moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée.
Sous les jupons de la pauvre Hélène
Sous son jupon mité
Moi j'ai trouve des jambes de reine
Et je les ai gardés.

Et le coeur d'Hélène
Savait pas chanter
Les trois capitaines l'auraient appelée vilaine
Et la pauvre Hélène
Était comme une âme en peine
Ne cherche plus longtemps la fontaine
Toi qui as besoin d'eau
Ne cherche plus, aux larmes d'Hélène
Va-t'en remplir ton seau

Moi j'ai pris la peine
De m'y arrêter
Dans le coeur d'Hélène moi qui ne suis pas capitaine
Et j'ai vu ma peine
Bien récompensée.
Dans le coeur de la pauvre Hélène
Qu'avait jamais chanté
Moi j'ai trouve l'amour d'une reine
Et je l'ai gardé.
G. Brassens
Le jardin extraordinaire
C'est un jardin extraordinaire :
Il y a des canards qui parlent anglais
Je leur donne du pain, ils remuent leur derrière
En me disant « Thank you very much, Monsieur Trenet »
On y voit aussi des statues
Qui se tiennent tranquilles tout le jour, dit-on
Mais moi, je sais que, dès la nuit venue,
Elles s'en vont danser sur le gazon
Papa, c'est un jardin extraordinaire :
Il y a des oiseaux qui tiennent un buffet
Ils vendent du grain, des petits morceaux de gruyère
Comme clients ils ont Monsieur le maire et le Sous-Préfet

Il fallait bien trouver, dans cette grande ville maussade
Où les touristes s'ennuient au fond de leurs autocars,
Il fallait bien trouver un lieu pour la promenade
J'avoue que ce samedi-là je suis entré par hasard...
Dans, dans, dans...

Un jardin extraordinaire,
Loin des noirs buildings et des passages cloutés
Y avait un bal qu' donnaient des primevères
Dans un coin de verdure, les petites grenouilles chantaient
Une chanson pour saluer la lune
Dès que celle-ci parut, toute rose d'émotion,
Elles entonnèrent, je crois, la valse brune
Une vieille chouette me dit: « Quelle distraction ! »
Maman, dans ce jardin extraordinaire,
Je vis soudain passer la plus belle des filles
Elle vint près de moi, et là me dit sans manières :
« Vous me plaisez beaucoup, j'aime les hommes dont les yeux brillent ! »

Il fallait bien trouver, dans cette grande ville perverse,
Une gentille amourette, un petit flirt de vingt ans
Qui me fasse oublier que l'amour est un commerce
Dans les bars de la cité,
Oui, mais oui mais pas dans...
Dans, dans, dans...

Mon jardin extraordinaire
Un ange du Bizarre, un agent nous dit :
« Etendez-vous sur la verte bruyère,
Je vous jouerai du luth pendant que vous serez réunis »
Cet agent était un grand poète
Mais nous préférions, Artémise et moi,
La douceur d'une couchette secrète
Qu'elle me fit découvrir au fond du bois
Poir ceux qui veulent savoir où le jardin se trouve,
Il est, vous le voyez, au coeur de ma chanson
J'y vole parfois quand un chagrin m'éprouve
Il suffit pour ça d'un peu d'imagination !
Il suffit pour ça d'un peu d'imagination !
C. Trenet
L'orage
Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoute et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terr'
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois à Jupiter
Il me tomba d'un ciel d'orage

Par un soir de novembre, à cheval sur les toits
Un vrai tonnerr' de Brest, avec des cris d'putois
Allumait ses feux d'artifice
Bondissant de sa couche en costume de nuit
Ma voisine affolée vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices

" Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié
Mon époux vient d'partir faire son dur métier
Pauvre malheureux mercenaire
Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais temps
Pour la bonne raison qu'il est représentant
D'un' maison de paratonnerres "

En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras câlins
Et puis l'amour a fait le reste
Toi qui sèmes des paratonnerr's à foison
Que n'en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur on ne peut plus funeste

Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage
Rentra dans ses foyers fair' sécher son mari
En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie
Rendez-vous au prochain orage

A partir de ce jour j'n'ai plus baissé les yeux
J'ai consacré mon temps à contempler les cieux
A regarder passer les nues
A guetter les stratus, à lorgner les nimbus
A faire les yeux doux aux moindres cumulus
Mais elle n'est pas revenue

Son bonhomm' de mari avait tant fait d'affair's
Tant vendu ce soir-là de petits bouts de fer
Qu'il était dev'nu millionnaire
Et l'avait emmenée vers des cieux toujours bleus
Des pays imbécil's où jamais il ne pleut
Où l'on ne sait rien du tonnerre

Dieu fass' que ma complainte aille, tambour battant
Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Auxquels on a t'nu tête ensemble
Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin
Dans le mill' de mon cœur a laissé le dessin
D'un' petit' fleur qui lui ressemble
G. Brassens
Les amoureux des bancs publics
Les gens qui voient de travers
Pensent que les bancs verts
Qu'on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c'est une absurdité
Car à la vérité
Ils sont là c'est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Ils se tiennent par la main
Parlent du lendemain
Du papier bleu d'azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement
Ell' cousant, lui fumant
Dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Quand la saint' famill' machin
Croise sur son chemin
Deux de ces malappris
Ell' leur décoche hardiment des propos venimeux
N'empêch' que tout' la famille
Le pèr', la mèr', la fille
Le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s'conduir' comme eux

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques

Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus
Qu' c'est au hasard des rues
Sur un d'ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'fouttant pas mal du regard oblique
Des passants honnêtes
Les amoureux qui s'bécott'nt sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s'disant des "Je t'aime" pathétiques
Ont des p'tit's gueul' bien sympatiques
G. Brassens
Le temps ne fait rien à l'affaire
Quand ils sont tout neufs
Qu'ils sortent de l'œuf
Du cocon
Tous les jeunes blancs-becs
Prennent les vieux mecs
Pour des cons
Quand ils sont d'venus
Des têtes chenues
Des grisons
Tous les vieux fourneaux
Prennent les jeunots
Pour des cons
Moi, qui balance entre deux âges
J'leur adresse à tous un message

Le temps ne fait rien à l'affaire
Quand on est con, on est con
Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père
Quand on est con, on est con
Entre vous, plus de controverses
Cons caducs ou cons débutants
Petits cons d'la dernière averse
Vieux cons des neiges d'antan

Vous, les cons naissants
Les cons innocents
Les jeun's cons
Qui n'le niez pas
Prenez les papas
Pour des cons
Vous, les cons âgés
Les cons usagés
Les vieux cons
Qui, confessez-le
Prenez les p'tits bleus
Pour des cons
Méditez l'impartial message
D'un type qui balance entre deux âges

Le temps ne fait rien à l'affaire
Quand on est con, on est con
Qu'on ait vingt ans, qu'on soit grand-père
Quand on est con, on est con
Entre vous, plus de controverses
Cons caducs ou cons débutants
Petits cons d'la dernière averse
Vieux cons des neiges d'antan
G. Brassens
Auprès de mon arbre
J'ai plaqué mon chêne
Comme un saligaud
Mon copain le chêne
Mon alter ego
On était du même bois
Un peu rustique un peu brute
Dont on fait n'importe quoi
Sauf naturellement les flûtes
J'ai maintenant des frênes
Des arbres de Judée
Tous de bonne graine
De haute futaie
Mais toi tu manque à l'appel
Ma vieille branche de campagne
Mon seul arbre de Noël
Mon mât de cocagne.

Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux.

Je suis un pauvre type
J'aurais plus de joie
J'ai jeté ma pipe
Ma vieille pipe en bois
Qu'avait fumé sans se fâcher
Sans jamais me brûlé la lippe
Le tabac de la vache enragée
Dans sa bonne vieille tête de pipe
J'ai des pipes d'écume
Ornées de fleurons
De ces pipes qu'on fume
En levant le front
Mais je retrouverai plus ma foi
Dans mon coeur ni sur ma lippe
Le goût de ma vieille pipe en bois
Sacré nom d'une pipe.

Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux.

Le surnom d'infâme
Me va comme un gant
D'avecques ma femme
J'ai foutu le camp
Parce que depuis tant d'années
C'était pas une sinécure
De lui voir tout le temps le nez
Au milieu de la figure
Je bas la campagne
Pour dénicher la
Nouvelle compagne
Valant celles-là
Qui, bien sûr, laissait beaucoup
Trop de pierres dans les lentilles
Mais se pendait à mon cou
Quand je perdais mes billes.

Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux.

J'avais une mansarde
Pour tout logement
Avec des lézardes
Sur le firmament
Je le savais par coeur depuis
Et pour un baiser la course
J'emmenais mes belles de nuits
Faire un tour sur la grande ourse
J'habite plus de mansarde
Il peut désormais
Tomber des hallebardes
Je m'en bats l'oeil mais,
Mais si quelqu'un monte aux cieux
Moins que moi j'y paie des prunes
Y a cent sept ans qui dit mieux,
Que j'ai pas vu la lune!

Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre,
Je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux.
G. Brassens
Le petit cheval
Le petit cheval dans le mauvais temps
Qu'il avait donc du courage!
C'était un petit cheval blanc
Tous derrière, tous derrière
C'était un petit cheval blanc
Tous derrière et lui devant!

Il n'y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage!
Il n'y avait jamais de printemps
Ni derrière, ni derrière,
Il n'y avait jamais de printemps
Ni derrière ni devant!

Mais toujours il était content
Menant les gars du village
A travers la pluie noire des champs
Tous derrière, tous derrière
A travers la pluie noire des champs
Tous derrière et lui devant!

Sa voiture allait poursuivant
Sa belle petite queue sauvage
C'est alors qu'il était content
Tous derrière, tous derrière
C'est alors qu'il était content
Tous derrière et lui devant!

Mais un jour dans le mauvais temps,
Un jour qu'il était sage
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière, tous derrière
Il est mort par un éclair blanc
Tous derrière et lui devant!

Il est mort sans voir le beau temps
Qu'il avait donc du courage!
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière, ni derrière
Il est mort sans voir le printemps
Ni derrière, ni devant!
G. Brassens
Le parapluie
Il pleuvait fort sur la grand-route
Ell' cheminait sans parapluie
J'en avais un, volé, sans doute
Le matin même à un ami
Courant alors à sa rescousse
Je lui propose un peu d'abri
En séchant l'eau de sa frimousse
D'un air très doux, ell' m'a dit " oui "

Un p'tit coin d'parapluie
Contre un coin d'paradis
Elle avait quelque chos' d'un ange
Un p'tit coin d'paradis
Contre un coin d'parapluie
Je n'perdais pas au chang', pardi

Chemin faisant, que ce fut tendre
D'ouïr à deux le chant joli
Que l'eau du ciel faisait entendre
Sur le toit de mon parapluie
J'aurais voulu, comme au déluge
Voir sans arrêt tomber la pluie
Pour la garder, sous mon refuge
Quarante jours, quarante nuits

Un p'tit coin d'parapluie
Contre un coin d'paradis
Elle avait quelque chos' d'un ange
Un p'tit coin d'paradis
Contre un coin d'parapluie
Je n'perdais pas au chang', pardi

Mais bêtement, même en orage
Les routes vont vers des pays
Bientôt le sien fit un barrage
A l'horizon de ma folie
Il a fallu qu'elle me quitte
Après m'avoir dit grand merci
Et je l'ai vue toute petite
Partir gaiement vers mon oubli

Un p'tit coin d'parapluie
Contre un coin d'paradis
Elle avait quelque chos' d'un ange
Un p'tit coin d'paradis
Contre un coin d'parapluie
Je n'perdais pas au chang', pardi
G. Brassens
Madeleine
Ce soir j'attends Madeleine
J'ai apporté du lilas
J'en apporte toutes les semaines
Madeleine elle aime bien ça
Ce soir j'attends Madeleine
On prendra le tram trente-trois
Pour manger des frites chez Eugène
Madeleine elle aime tant ça
Madeleine c'est mon Noël
C'est mon Amérique à moi
Même qu'elle est trop bien pour moi
Comme dit son cousin Joël
Ce soir j'attends Madeleine
On ira au cinéma
Je lui dirai des "je t'aime"
Madeleine elle aime tant ça

Elle est tellement jolie
Elle est tellement tout ça
Elle est toute ma vie
Madeleine que j'attends là

Ce soir j'attends Madeleine
Mais il pleut sur mes lilas
Il pleut comme toutes les semaines
Et Madeleine n'arrive pas
Ce soir j'attends Madeleine
C'est trop tard pour le tram trente-trois
Trop tard pour les frites d'Eugène
Et Madeleine n'arrive pas
Madeleine c'est mon horizon
C'est mon Amérique à moi
Même qu'elle est trop bien pour moi
Comme dit son cousin Gaston
Mais ce soir j'attends Madeleine
Il me reste le cinéma
Je lui dirai des "je t'aime"
Madeleine elle aime tant ça

Elle est tellement jolie
Elle est tellement tout ça
Elle est toute ma vie
Madeleine qui n'arrive pas

Ce soir j'attendais Madeleine
Mais j'ai jeté mes lilas
Je les ai jetés comme toutes les semaines
Madeleine ne viendra pas
Ce soir j'attendais Madeleine
C'est fichu pour le cinéma
Je reste avec mes "je t'aime"
Madeleine ne viendra pas
Madeleine c'est mon espoir
C'est mon Amérique à moi
Sûr qu'elle est trop bien pour moi
Comme dit son cousin Gaspard
Ce soir j'attendais Madeleine
Tiens le dernier tram s'en va
On doit fermer chez Eugène
Madeleine ne viendra pas

Elle est tellement jolie
Elle est tellement tout ça
Elle est toute ma vie
Madeleine qui ne viendra pas

Demain j'attendrai Madeleine
Je rapporterai du lilas
J'en rapporterai toute la semaine
Madeleine elle aimera ça
Demain j'attendrai Madeleine
On prendra le tram trente-trois
Pour manger des frites chez Eugène
Madeleine elle aimera ça
Madeleine c'est mon espoir
C'est mon Amérique à moi
Tant pis si elle est trop bien pour moi
Comme dit son cousin Gaspard
Demain j'attendrai Madeleine
On ira au cinéma
Je lui dirai des "je t'aime"
Madeleine elle aimera ça
J. Brel
Faites comme chez vous
C’est la fête, c’est la planète party
Tout a commencé tout est bien parti
Quelques milliers d’années d’hésitation
Voilà, tous les chantiers sont répartis

Il faut bien sûr tout expérimenter
Exprimer tout ce qui peut nous hanter
En ignorant toutes les contestations
Mais surtout, surtout ne pas s’en vanter

Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous

Totalement perdu dans cette fiesta
Où les idées prennent vie et puis basta
Sans règle du jeu, sans invitation
Je débarque ici pour faire un constat

Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous

Parfois des voix s’élèvent pour conseiller
Eventuellement faudrait-il surveiller
Exagération et consommation
Pour un avenir plus ensoleillé

Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
Faites comme chez vous
L. pieds
Supplique pour être enterré sur une plage...
La Camarde qui ne m'a jamais pardonné,
D'avoir semé des fleurs dans les trous de son nez,
Me poursuit d'un zèle imbécile.
Alors cerné de près par les enterrements,
J'ai cru bon de remettre à jour mon testament,
De me payer un codicille.

Trempe dans l'encre bleue du Golfe du Lion,
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion,
Et de ta plus belle écriture,
Note ce qu'il faudra qu'il advint de mon corps,
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d'accord,
Que sur un seul point : la rupture.

Quand mon âme aura pris son vol à l'horizon,
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson,
Celles des titis, des grisettes.
Que vers le sol natal mon corps soit ramené,
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée,
Terminus en gare de Sète.

Mon caveau de famille, hélas ! n'est pas tout neuf,
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf,
Et d'ici que quelqu'un n'en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux,
Dire à ces braves gens : poussez-vous donc un peu,
Place aux jeunes en quelque sorte.

Juste au bord de la mer à deux pas des flots bleus,
Creusez si c'est possible un petit trou moelleux,
Une bonne petite niche.
Auprès de mes amis d'enfance, les dauphins,
Le long de cette grève où le sable est si fin,
Sur la plage de la corniche.

C'est une plage où même à ses moments furieux,
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux,
Où quand un bateau fait naufrage,
Le capitaine crie : "Je suis le maître à bord !
Sauve qui peut, le vin et le pastis d'abord,
Chacun sa bonbonne et courage".

Et c'est là que jadis à quinze ans révolus,
A l'âge où s'amuser tout seul ne suffit plus,
Je connu la prime amourette.
Auprès d'une sirène, une femme-poisson,
Je reçu de l'amour la première leçon,
Avalai la première arête.

Déférence gardée envers Paul Valéry,
Moi l'humble troubadour sur lui je renchéris,
Le bon maître me le pardonne.
Et qu'au moins si ses vers valent mieux que les miens,
Mon cimetière soit plus marin que le sien,
Et n'en déplaise aux autochtones.

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l'eau,
Ne donnera pas une ombre triste au tableau,
Mais un charme indéfinissable.
Les baigneuses s'en serviront de paravent,
Pour changer de tenue et les petits enfants,
Diront : chouette, un château de sable !

Est-ce trop demander : sur mon petit lopin,
Planter, je vous en prie une espèce de pin,
Pin parasol de préférence.
Qui saura prémunir contre l'insolation,
Les bons amis venus faire sur ma concession,
D'affectueuses révérences.

Tantôt venant d'Espagne et tantôt d' Italie,
Tous chargés de parfums, de musiques jolies,
Le Mistral et la Tramontane,
Sur mon dernier sommeil verseront les échos,
De villanelle, un jour, un jour de fandango,
De tarentelle, de sardane.

Et quand prenant ma butte en guise d'oreiller,
Une ondine viendra gentiment sommeiller,
Avec rien que moins de costume,
J'en demande pardon par avance à Jésus,
Si l'ombre de sa croix s'y couche un peu dessus,
Pour un petit bonheur posthume.

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon,
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon,
Pauvres cendres de conséquence,
Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances,

Vous envierez un peu l'éternel estivant,
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant,
Qui passe sa mort en vacances.
G. Brassens
Le testament
Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l'épaule:
"Va-t'en voir là-haut si j'y suis."
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil...
Est-il encore debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?

S'il faut aller au cimetière,
Je prendrai le chemin le plus long,
Je ferai la tombe buissonnière,
Je quitterai la vie à reculons...
Tant pis si les croque-morts me grondent,
Tant pis s'ils me croient fou à lier,
Je veux partir pour l'autre monde
Par le chemin des écoliers.

Avant d'aller conter fleurette
Aux belles âmes des damnées,
Je rêve d'encore une amourette,
Je rêve d'encore m'enjuponner...
Encore une fois dire: "Je t'aime"...
Encore une fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts.

Dieu veuille que ma veuve s'alarme
En enterrant son compagnon,
Et que pour lui faire verser des larmes
Il n'y ait pas besoin d'oignon...
Qu'elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit:
Il pourra profiter de mes bottes,
Et de mes pantouflee et de mes habits.

Qu'il boive mon vin, qu'il aime ma femme,
Qu'il fume ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais - mort de mon âme! -
Jamais il ne fouette mes chats...
Quoique je n'aie pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S'il fouette mes chats, y'a un fantôme
Qui viendra le persécuter.

Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament...
On a marque dessus ma porte:
"Fermé pour cause d'enterrement."
J'ai quitté la vie sans rancune,
J'aurai plus jamais mal aux dents:
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.
G. Brassens
La chasse aux papillons
Un bon petit diable à la fleur de l'âge,
La jambe légère et l'oeil polisson,
Et la bouche pleine de joyeux ramages,
Allait à la chasse aux papillons.

Comme il atteignait l'orée du village,
Filant sa quenouille, il vit Cendrillon,
Il lui dit: "Bonjour, que Dieu te ménage,
Je t'emmène à la chasse aux papillons."

Cendrillon, ravie de quitter sa cage,
Met sa robe neuve et ses bottillons;
Et bras dessus bras dessous vers les frais bocages
Ils vont à la chasse aux papillons.

Ils ne savaient pas que, sous les ombrages,
Se cachait l'amour et son aiguillon,
Et qu'il transperçait les coeurs de leur âge,
Les coeurs des chasseurs de papillons.

Quand il se fit tendre, elle lui dit: "Je présage
Que c'est pas dans les plis de mon cotillon,
Ni dans l'échancrure de mon corsage,
Qu'on va-t-a la chasse aux papillons."

Sur sa bouche en feu qui criait: "Sois sage!"
Il posa sa bouche en guise de bâillon,
Et ce fut le plus charmant des remue-ménage
Qu'on ait vu de mémoire de papillon.

Un volcan dans l'âme, ils revinrent au village,
En se promettant d'aller des millions,
Des milliards de fois, et même d'avantage,
Ensemble à la chasse aux papillons.

Mais tant qu'ils s'aimeront, tant que les nuages
Porteurs de chagrins, les épargneront,
Y fera bon voler dans les frais bocages,
Y feront pas la chasse aux papillons.
Pas la chasse aux papillons.
G. Brassens
Cupidon s'en fout
Pour changer en amour notre amourette,
Il s'en serait pas fallu de beaucoup,
Mais, ce jour là, Vénus était distraite,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

Des jours où il joue les mouches du coche.
Où elles sont émoussées dans le bout,
Les flèches courtoises qu'il nous décoche,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

Se consacrant à d'autres imbéciles,
Il n'eu pas l'heur de s'occuper de nous,
Avec son arc et tous ses ustensiles,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

On a tenté sans lui d'ouvrir la fête,
Sur l'herbe tendre, on s'est roulés, mais vous
Avez perdu la vertu, pas la tête,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

Si vous m'avez donné toute licence,
Le coeur, hélas, n'était pas dans le coup;
Le feu sacré brillait par son absence,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

On effeuilla vingt fois la marguerite,
Elle tomba vingt fois sur "pas du tout".
Et notre pauvre idylle a fait faillite,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.

Quand vous irez au bois conter fleurette,
Jeunes galants, le ciel soit avec vous.
Je n'eus pas cette chance et le regrette,
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
Il est des jours où Cupidon s'en fout.
G. Brassens
Notes pour plus tard
Les hommes, ça vous gueule
Les hommes, ça vous engueule
Les hommes s'amusent-gueulent
Mais pour finir toujours seul

Armé de mon carnet jaune
J'inscrirai au stylo bleu
Que l'avenir de la faune
Est mal assuré parbleu

Note pour plus tard
A l'encre noire
Ne jamais, jamais jamais dans mon nid
Prendre un homme de compagnie !

Les chiens, ça vous gueule
Les chiens, ça vous engueule
Les chiens s'amusent-gueulent
Mais pour se nicher tout seul

Je reprends mon calepin
Y consigne au crayon vert
Que pour de nombreux arrières-trains
Les canins sont un calvaire

Note pour plus tard
A l'encre noire
Ne jamais, jamais, jamais dans mon nid
Prendre un chien de compagnie !

Les femmes, ça vous gueule
Les femmes, ça vous engueule
Les femmes s'amusent-gueulent
Mais elles préfèrent rentrer seules

Je rempli mon agenda
Pour noter au feutre rouge
Qu'elles enflamment nos armadas,
Mènent en bateau ceux qui bougent

Note pour plus tard
A l'encre noire
Ne jamais, jamais, jamais dans mon nid
Prendre une femme de compagnie !

Les hommes, ça vous gueule
Les chiens, ça vous engueule
Les femmes s'amusent-gueulent
Mais pour finir toujours seules
L. pieds
Revu et corrigé
Si le passé est une poubelle
Ce n'est qu'en trouvant la clé
De ces audacieux rebelles
Que je pourrais recycler

Découvrir en soulevant
L'authentique auparavant
Une critique de la raison
Qui limite mon horizon

Il s'agirait de revoir
Ces ouvrages appris par cœur
Qui retracent la grande histoire
Rajuster par les vainqueurs

En précisant sur chaque page
Les prénoms de l'équipage
Ou des soldats inconnus
Pleurés par tant d'ingénues

Je pourrais aussi piocher
La mémoire d'une leçon
Que j'eusse tenté d'approcher
Avant l'école des buissons

Mais cette fois en saisissant
Tenants et aboutissants
Pour enfin dire au revoir
A mon absence de savoir

Il suffirait d'assaillir
Mes souvenirs périmés
Pour tenter de voir jaillir
Un espoir moins abymé

En voyant lucidement
Les dommages évidemment
Comme l'héritage d'un chemin
A corriger pour demain
L. pieds
Le nom des rues
Donner mon nom à une rue
Tel était le but de l’enfant
Honteux d’avoir vécu 9 ans
Sans relier l’histoire aux avenues

A 9 ans mes rêves de grandeur
Allaient me mettre sur la voie
« Il faudra que mon futur soit
Sous la clarté des projecteurs »

Charles, Louis, François, Clovis…
Lequel de vous cèdera sa plaque et ses vis
Charles, Louis, François, Clovis…
Ne m’oubliez pas en coulisse

Il ne me restait qu’à savoir
Après les avoir recenser
Les secrets des hommes énoncés
Pour s’afficher sur nos trottoirs

Mais…
Il était besoin de conduire
Une armée de jeunes affligés
Ou il fallait tyranniser
Les sujets d’un royaume à fuir

Charles, Louis, François, Clovis…
Lequel de vous cèdera sa plaque et ses vis
Charles, Louis, François, Clovis…
Seriez vous de sombres complices ?

Il était essentiel d’agir
Contre la civilisation
Pour servir l’honneur des nations
Dont nous ne pouvons que rougir

Le résultat de mon enquête
Poussa ma stupeur enfantine
A tergiverser en bouche fine
Vers une ambition moins surfaite

Charles, Louis, François, Clovis…
Lequel de vous cèdera sa plaque et ses vis
Charles, Louis, François, Clovis…
Combien de victime en coulisse ?

Je pris donc l’itinéraire bis
Qui mena ma vie vers l’impasse
La ruelle étroite ou s’embrassent
De trop pressés amants complices

Il me reste aujourd’hui l’espoir
D'amuser les gens du quartier
Que je vois chaque jour sautiller
Au son chantant de mes histoires

Charles, Louis, François, Clovis…
Lequel de vous cèdera sa plaque et ses vis
Charles, Louis, François, Clovis…
Ainsi passe la vie en coulisse
L. pieds
L'homme en général
Le printemps est la saison
où les garçons
Comprennent ce que les filles font
Depuis l'hiver

Ce commun retardement
Déconcertant
N'est que maigre châtiment
Léger revère

Depuis l'époque où l'homme viril
N'épargnaient qu'aux femmes dociles
Son ardeur autoritaire

L'homme en général
Semble être un combattant grossier
C'est que l'homme en général
S'avère être incompétent officer
Oui, l'homme en général est un con ... gradé


Le printemps est la saison
où les garçons
Vont qualifier de bouffon
Un militaire

Ce commun divertissement
De notre temps
T'affecte sévèrement
Ami trouvère

Vexé par la confusion
Entre le roi des chansons
Et le tyran va-t-en-guerre

Si l'homme en général
Semble être un combattant grossier
C'est que l'homme en général
S'avère être incompétent officer
Oui, l'homme en général est un con ... gradé
L. pieds
Fleurs d'automne
Tout d'abord l'odeur de métal chauffé.
Puis le cri du haut parleur mal réglé.
Je m'éveille, c'est déjà l'embouteillage.
Je suis la foule pour évacuer bien sage.

Je sors de la gare cycliste ou piéton,
A la poursuite d'un nid en béton.
La Résidence les fleurs d'automne vous accueille,
Cadre idéal pour y voir tomber les feuilles.

Tout d'abord l'odeur s'installe dès l'entrée,
Puis le cri des plaintes au loin ressassées.
Je m'éveille cerné par ce dernier âge.
Je suis la foule et j'évite les visages.

Je ne sors du silence que derrière ma guitare,
À la poursuite d'un jeu sans écart.
La résidence les fleurs d'automne vous accueille,
Cadre idéal pour laisser tomber les feuilles.

Tout d'abord simple de l'été,
Puis le cri d'une génération reniée.
Je m'éveille en découvrant le grand âge.
Je suis la foule en fin de vie dans cette cage.

Je sors des Fleurs d'Automne déconcerté
A la poursuite d'une mémoire oubliée.
La résidence les fleurs d'automne vous accueille,
Cadre idéal pour y voir mourir les feuilles.
L. pieds
Le dessein humain
Et que chacun profite
Du bien présent
Que tout le monde vide les réserves maintenant
Et peu importe la suite
Fini la danse
Puisqu’il n’y aura plus de descendance

Et que le chaos règne
Qu’on passe à la fête
Pour que s’exprime enfin la tempête
Que la lignée s’éteigne
Demain sera de trop
Place au silence, remise à zéro

Puisque notre jeu touche à sa fin
L'ingérence alourdi le déclin
Le grand ménage est à faire enfin
Et s’achève le dessein humain

Il nous faut les meilleurs
Les plus efficaces
Les pollueurs pour donner le coup de grâce
Et quelques ingénieurs
Gagnons du temps
Le pas est bon mais juste un peu trop lent

Augmentons les cadences
Optimisons
Simplement nos habitudes sans raison
Abrégeons les souffrances
Des minorités
Dont l’espoir est encore agité

Le chemin est tracé
C’est l’ignorance
Qui restera notre guide sans méfiance
Mes yeux ont trop pleuré
Finissons-en
Ce soir avec ce monde agonisant
L. pieds
Lisa travaille de nuit
Lisa est née il y a quarante et un ans, à Tunis
Aujourd'hui à Rouen, elle travaille depuis neuf ans, en coulisse
Lisa travaille de nuit
Et le jour elle s'ennuie

Lisa, la nuit, voit défiler les blessés, les malades
Les sans-abris et les déprimés qui font leur parade
Lisa travaille de nuit
Et le jour elle s'ennuie

Ses murs blancs s'entachent chaque soir
D'extravagantes et réelles histoires

Le soleil revient
Lisa retrouve son quotidien
Qui ne peut pas rivaliser
Avec l'originalité de la soirée
Qu'elle vient de passer

Un homme et sa famille rentraient de vacances sans savoir
Qu'un dimanche, à trois heures du mat', on est encore samedi soir
Lisa travaille de nuit
Et le jour elle s'ennuie

Lisa, ce soir, voit donc arriver sur quatre brancards
Deux hommes, une femme, un enfant qui viennent tout droit du boulevard
Lisa travaille de nuit
Et le jour elle s'ennuie

Ses murs blancs s'entachent ainsi ce soir
D'extravagantes et réelles histoires

Et le soleil revient
Lisa retrouve son quotidien
Qui ne peut pas rivaliser
Avec l'originalité de la soirée
Qu'elle vient de passer

Quand Lisa reviendra demain, la femme et l'enfant seront morts
Le chauffard assassin lui aussi n'aura laissé que son corps
Lisa travaille de nuit
Et songe à celui qui survit
L. pieds
Anakatala
Il y a surtout la poussière
Des maisons sablées de terre
Et posé là sur la place
Un camion blanc se prélasse

Dedans bonhomme est stagiaire
Dehors depuis la rivière

Elles se pressent jusque là
Jeunes filles d’Anakatala
Progressent à petits pas
Jeunes filles d’Anakatala

Bonhomme étant missionnaire
Distribue l’alimentaire
En échange d’une impasse
Reproductive efficace

Dedans très vite on opère
Dehors elles ne seront plus mères

Bonhomme est un visionnaire
Futur démographe expert
Il propose de place en place
Son petit tour de passe-passe

Il est bien sûr volontaire
Mais ne renie pas son salaire
L. pieds
Et d'autres chansons...
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